L'art et moi.
Par ryune le lundi, août 30 2004, 17:11 - La vie de ryune - Lien permanent
4e d'un collège en région parisienne, 1994
J'ai toujours adoré le dessin, enfin, euh, pardon, l'art plastique comme celà aime à être appeler par des professeurs sûrement un peu prétentieux.
Pour ma part, j'ai toujours pensé qu'on était trop jeune pour comprendre l'art abstrait, quelque soit l'age. Mais grace à cette dénomination nouvelle, il nous a fallu y faire face très tôt.
Donc, aujourd'hui, je vous relate l'histoire d'un sujet passionnant donnée par une prof d'art plastique un peu prétentieuse et "très art abstrait".
Le sujet :
A la réflexion, celà ressemble furieusement à un sujet de philosophie. Je vous rassure tout de suite, je n'en avais pas conscience à l'époque. C'est donc parti, nous avons une semaine de réflexion.
Le sujet contient cependant quelques contraintes sur le processus de développement : il nous faut réaliser trois "productions" avec des supports/méthodes/techniques différentes. Comme à l'accoutumée au collège/lycée, je m'y prends complétement à la bourre.
Cependant, j'avais déja deux idées bien claires dans ma tête :
- la première : aimant les dessins, bandes dessinées et dessins animées, celle ci me vient d'emblée. Il s'agit d'une petite bande dessinée d'une demi page (pour faire genre "manga") ou un personnage s'infiltre dans une base secrète, forcément, il se rend invisible (et donc il est transparent hein! Donc j'ai bon!). Cette invisibilité est usuellement représentée par un personnage dont on ne dessine que les contours (paradoxale : de l'opacité pour représenter de l'invisibilité, la grande classe ^^).
- la deuxième : voilà, maintenant, je ne peux plus dessiner, c'est un peu la catastrophe, mais cela n'a pas restreint cependant mon "esprit hautement créatif". Il s'agit d'un collage, sur une feuille peinte uniformément en rouge, de petit carrés de papier calques agencés un peu n'importe comment. La subtilité repose sur la superposition de ses feuilles qui créent différentes nuances de transparence (ça déchire hein!).
- la troisième : bah euh, bon, je sais pas trop quoi faire, en plus ce soir, il y'a la énième rediffusion d'un film de Bud Spencer et Terrence Hill, donc forcément. Le lendemain matin, je dois remttre mes 3 productions, mais bon, j'en ai que 2. Je me prépare pour aller à l'école, un peu décu me disant bon, c'est pas grave. Un coup de génie me vient en mettant mes chaussure à proximité d'une poubelle. Mon frère s'amusait souvent, quand on avait vider une bouteille de soda à y jeter pleins de bouts de papiers, de peaux d'oranges, des mouchoirs usités et à la passer sur le feu pour l'écrabouiller. Un de ces specimens étaient devant moi. Bon, tant pis, j'embarque quand même ^^
Je présente donc mes 3 "oeuvres", pour faire original, c'est aux autres élèves de la classe "d'analyser" tout ça.
Les 2 premiers recoivent un bon accueil, des commentaires comme je m'y attendais : "paradoxe transparence opacité dans la représentation de l'invisibilité, blah blah, il ressemble trop à Trunk le perso blah blah", "représentation de différents niveaux de transparence blah blah".
Pour le 3e, j'ai un peu honte, je le sors, pas fier de moi, et je le découvre un peu en même temps (comme c'est naze me dis-je) et les commentaires pleuvent :
"Wah, le passage sur les flammes a créer une opacité dans la transparence de la bouteille blah blah critique de la société de consommation dans toute sa transparence (ndla : euh oui, on pouvait voir à l'intérieur une marque de boisson bien connue blah blah)"
Ma prof a adorré, à un tel point qu'elle a embarqué cette horreur, visiblement très fière d'avoir un élève aussi doué que moi. Malheureusement, je ne suis plus parvenu par la suite à soutenir cette réputation (fort heureusement ^^).
Et là, je reste clouer, une bonne partie des commentaires m'a un peu échappé. Résultat global, 17/20, 14 pour la bd, 17 pour le collage et surtout 20/20 pour la petite bouteille en plastique écrabouillée...
On notera que la notation est inversement proportionnelle aux efforts consentis, c'est pas très juste.
Quelques mois plus tard, je vois à la fin d'un journal télévisé, un reportage sur une exposition d'art conceptuel ou un artiste de "génie" a eu la merveilleuse idée de placer des poubelles transparentes dans le musée. Une fois celles ci remplies, il les refermait et posait très fièrement sa signature dessus.
De plus, visiblement, l'idée n'avait rien de nouvelle...
Après, je ne vois vraiment pas pourquoi on ne pourrait pas dire que l'art conceptuel, c'est du fumage de moquette jusqu'au marbre.
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