Enlève cette clope de la main
Et ouvre le tiroir de ton bureau
Là, tu pourras y trouver un stylo
Vieux, tu semble ignorer d'où il provient.

Aide-moi à te rafraîchir ta mémoire.
Regarde cette pile d'étagères.
Dessus, derrière toute la poussière
Tu verras nombre de sales grimoires

Je te propose un voyage dans l'un d'eux.
Il raconte la vie d'un petit homme
Simple, sans grandes ambitions en somme
Son coeur était fait de pierre et de feu.

Il est né maigre comme tous les autres
Comme les autres il a grandi très seul
De ses amis, tous sont partis d'orgueil
Croyant pouvoir vivre comme les apôtres.

Ils prenaient la route, bâton à la main
Un sac au dos et un chemin au loin
L'horizon s'éloignait d'eux. Efforts vains,
Ils sont tous morts ces jeunes pèlerins.

Notre petit homme n'avait besoin
Pour approcher son rêve de voyage
Que d'un stylo noir et de quelques pages
De son entourage il fait un dessin.

A force de dessiner et de peindre
Il prend du plaisir dans sa solitude
La nature est belle et les hommes rudes
Et il n'était pas un garçon à plaindre.

Pourtant, un jour, qu'il regardait la mer
Il voit passer devant lui une fille
Elle a les cheveux d'ange, elle est gentille
Il regarde son oeuvre. Elle est amère.

Une nouvelle émotion le submerge
Il se lève et laisse là ses affaires
Une étonnante musique se perd
Venant d'un bar du port près de la berge.

De la mélancolie sort d'un cornet
Le tourne-disque passe du Chopin.
La fille s'est assise dans un coin
Tu la regardes, elle est belle. Un menuet.

(la suite au prochain numéro)