Ce matin encore, j'admirais les nuages, la menace pesant sur la ville ; l'eau suspendue, hors d'état de nuire, dans son cocon de duvet blanc. Le vol d'un oiseau retient mon oeil immobile, coincé entre l'écran et les messages, une envie de prendre le temps de partir et de revenir, sans sens, sans dessus ni dessous, nu comme un ver, à l'endroit peut-être du commencement et des fins. Causalité, conséquences, enfermement, libération, karma et mots immoraux amoureux passant dans mon crâne vide. Mon dernier neurone a rendu l'âme, il était temps de m'en débarrasser de celle-là. Voir Venise, et pourrir, voir Denise, et s'ouvrir, les heures s'écoulent devant ce malheureux document que j'ai à pondre et que personne ne lira, comme ceci sans doute. Ecrire, libérer le fluide vital, créativité échappée et toujours reprise au vol, comme l'oiseau atteint d'un plomb - dans l'aile - regardez, il est beau ! Qui sait ce qui se cache dans le noir, le monstre qui se réjouit de la chute, l'oiseau qui tombe, blessé, qui réparera son aile mécanique ? Voir Pise, et pencher ; contempler l'abstrait, ignorer l'inexistant, regard vide, amis perdus, vies brisées. Vivien. Qui eut crû que les mâchoires soient si dures avec la chair... Oreilles tendues vers le silence, je n'entends que la musique, le rock sombre d'un fou dénommé génie, un Devin vaut mieux que deux tu l'auras ; encore un déchu, que nous sommes nombreux à chercher nos ailes à tâtons dans le calme de ce drame placide... Ouvre-toi, oiseau, prends ton vol, au delà des nuages et de la menace, laisse tes ailes mécaniques te porter et se désagréger en milliers d'éclats d'étoiles, Hespérides ; et donne du rêve à ceux qui n'en ont que faire. Achève le blessé, soldat, il t'en sera reconnaissant ; médecin, affûte ton scalpel, la souffrance du monde a besoin d'être tue, d'être chantée pour mieux être défaite, d'être conçue pour mieux être oubliée, illusion si prenante qu'il n'y a que les lamas pour cracher dessus... Bulletin météo, avis de tornade sur l'asphalte, neige qui tombe et assome les fourmis distraites, gens qui courent, bruits de bombes. Sexuelles. Explosions d'innocences perdues sur l'autel du bon sens, martyrs de l'esprit leurrés par la lumière des ténèbres. Un instant, un commencement, une fin, l'horloge tourne, l'univers résonne ; un instant, puis un autre, puis un autre ; toujours renouvelé, incarnation de l'éternité condensée dans l'espace. Univers discret, que se passe-t-il entre deux tics ?