Comme un aimant
Par kaze_ le samedi, août 26 2006, 22:58 - Psycholeatoire - Lien permanent
Immobile. La vie s'écoule autour de moi, les gens vont et viennent, les voitures passent, les avions volent, les autobus klaxonnent, les cyclistes zigzaguent, les pigeons picorent et ça et là larguent leur agaçante cargaison sur la tête d'un touriste murphique.
Dans ce monde, tout est mouvement. La nature a horreur de l'immobilité. Même l'animal le plus lent est toujours en déplacement, même la plante la plus placide se balance toujours sous la brise, même l'air sans souffle des chaudes journées d'août est entrecoupé de temps à autres d'un coup de vent. Fermer l'oeil, rouvrir l'oeil, le monde n'est plus le même ; un instant disparu, un instant recréé ; jamais identique, toujours en renouveau. On aime à croire que certaines choses sont permanentes, mais je n'arrive plus à voir les choses ainsi. Même mon appartement est en constante évolution : les araignées y font et défont leur toiles, les objets se déplacent au gré de mon désordre, et la vue de ma fenêtre change avec le jardin. L'automne approche, viendra l'hiver, la seule régularité est celle du changement, la seule certitude celle de l'incertitude, la seule attache le détachement diraient certains.
J'ai souvent l'impression d'être immobile tandis qu'autour de moi tout s'écroule et se reconstruit. Les couples se font et se défont, les amis s'approchent et s'éloignent, des enfants naissent, des adultes meurent, mes cousins et cousines se marient, ou divorcent parfois, les parents vieillissent et font des projets pour la retraite, tant que la santé va... J'ai souvent l'impression d'être immobile mais je me doute bien que pour ceux que je fréquente je suis autant en mouvement que les autres. Peut-être a-t-on tous cette impression d'immobilité, quelque part, nous les différents, nous qui avons peut-être trop conscience de nous-mêmes. Parce que quelque chose nous manque pour faire de nous des individus "normaux," nous avons l'impression que le monde avance sans nous. Mais en fait, nous nous déplaçons avec lui. Il n'y a pas de dehors, il n'y a pas de dedans, nous sommes tous dans le même bateau, à ramer vers une destination funeste.
Des fois, on aimerait pouvoir arrêter le monde, appuyer sur "pause" à un moment où, pour une fois, on a été réellement heureux. Pour moi, ce fut l'année en suède... Chacun a son Eden perdu. Mais ce n'est pas possible, et s'attacher au passé, garder une nostalgie, ne fait que raviver sans cesse et sans cesse la douleur de la perte. Le flot s'écoule et nous avec, et nous regardons avec désespoir s'éloigner ce moment lumineux perdu dans l'éternité. Qu'est-ce qu'un an à l'échelle de l'univers ? Vois, comme le temps s'écoule. Vois, les souvenirs peu à peu se déforment au gré de nos humeurs. Le passé est une vue de l'esprit... L'esprit est une vue de l'esprit. Nous créeons nos propres illusions et nous y enfermons, comme s'il était plus sûr d'être dans une cage qu'au grand air...
Espoir, aimant, attraction, ellipse, éclipse, rotation, cycle, magnification, orbite, ciel, étoiles. Jamais deux photons ne sont identiques...