En poursuivant pendant quelques jours le même chemin, j'arrivai enfin à un village portant un nom ma foi imprononçable. Sachant que j'allais être à court d'argent, j'avais passé mon temps à réfléchir à une solution à ce petit problème.
Certes les gens d'ici sont généreux et accueillant, mais il ne faut pas abuser de la gentillesse des autres. Parce qu'il ne faut pas seulement savoir prendre, mais aussi donner, même si ces preceptes ne sont pas vraiment prônés dans mon pays d'origine, je crois que c'est la seule façon de vivre en harmonie.

Il existe plusieurs façon de subvenir à ses besoins. La plus simple est d'hériter ou d'avoir une entreprise prospère, qui te rémunère sans rien faire, mais bon, ça ne me concerne pas trop.
Ensuite, on peut espérer ne jamais avoir à rendre de compte à qui que ce soit. Et donc on n'a qu'à compter sur la générosité des gens. Ce qui me parait relativement inconcevable.
Le raisonnement qui me paraissait le plus juste est simple : tout travail mérite salaire. Il suffit d'inverser la phrase, et c'est gagné. Il suffit donc de proposer de l'aide aux gens, en général, toute aide est la bienvenue. Un échange de bons procédés en quelques sortes.

Et donc fort de ce principe, je m'en vais offrir mes services à droite et à gauche. Les premiers essais sont peu fructueux. Voulant me tester (j'ai encore de quoi vivre quelques temps, mais il faut bien commencer à y songer et s'entrainer), je persévère, jusqu'à obtenir une place d'un jour comme serveur dans un bar, l'été aidant, il y a plus de monde ces temps-ci, et ce ne serait pas de refus d'avoir une personne de plus.

Et donc je me met en tenue, ou plutôt, je quitte mon sac, garde ma flûte sur le côté de la ceinture, me lave et met des vêtements présentables, et commence mon office. Ce sont essentiellement des estivants qui viennent passer des vacances dans un village campagnard sous les oliviers et les glycines en fleurs. Il y a aussi les vieux habitués, ceux que l'on croise toujours devant leur verre sur la terrasse du même bar, chaque jour de l'année, parce que ... parce que c'est comme ça qu'ils aiment vivre, discuter avec les autres, jouer aux cartes, et regarder les gens passer dans la rue, puis commérer sur ceux-ci, c'est dans l'ordre des choses.
C'est fou tout ce qu'on peut entendre et apprendre en étant serveur dans un bar. Et surtout, le nombre de choses dont on nous dit "Surtout, ne répète pas ça hein !". J'imagine le nombre de potins et de disputes entre amis qui ont pu sortir de ce genre d'endroit. Et pourtant, la vie est ce qu'elle est, les gens font avec, et sont heureux comme ça, c'est finalement ça le plus important. C'est d'ailleurs là que j'appris, au cours de cette soirée, que les mots peuvent blesser simcèrement le coeur des gens, peuvent les réconforter, mais ne restent souvent que des mots, du vent, un verre.

Alors voilà, il était bientôt minuit, quand un groupe de jeunes gens m'appelle et me commande à boire, cinq bières. Ils sont trois filles et deux garçons, et ont l'air de bien s'amuser. Moi je continue mon service, parce que même si le patron m'a gentilment libéré, je m'amuse à écouter les gens discuter.
Je leur sers à boire, et l'un des garçons remarque ma flûte sur le côté et me propose d'en jouer. Ils me paient au passage une bière, histoire de ne pas rester la gorge sèche. Parfois, je ne comprend pas pourquoi, la spontanéité fait des merveilles. J'ai donc fini la soirée avec ces jeunes gens à bavarder de choses et d'autres. De ces choses que j'écoutais auparavant sans grande attention. Ce sont des vacanciers qui profitent de ce qu'il leur reste de congés dans l'année pour visiter leurs grand-parents à tour de rôle. J'aime beaucoup l'idée, parce qu'elle garde la notion de vacances entre amis, et au passage, c'est des bouts de vacances en famille ...

Les vacances, c'est bien, même quand ce sont celles des autres.