Je n'avais jamais vu une telle bande de déchets. Pardonnez mon emportement, mais là, ceux-là étaient vraiment ... différents. Attendez que je vous raconte.

Alors voilà. Je sortais du village où je laissais notre vieil homme à ses tombes, et partais plus à l'ouest, en fait, au nord de l'endroit où j'avais pris le thé chez la tante de notre groupe de jeune.
Un petit sentier, pratiqué apparemment par des tracteurs de la région. Il reste quelques épis de mais (c'est la saison) qui ont du tomber de la remorque, alors j'en prend quelques-un, ça ne blesse personne et ça m'économise toujours un ou deux repas.

Je m'enfonce dans la campagne, plus de village en vue, seulement quelques champs éparses, des petits bois de boulots le plus souvent, peu entretenus pour la plupart. Je sais que d'ici une semaine tout au plus, je devrais passer la prochaine frontière.

Une maison, abandonnée sans doute, mais qui a dû être habitée il n'y a pas si longtemps. Probablement une maison de campagne laissée à l'abandon. C'est triste de voir ainsi disparaitre des vieilles fermes pitoresques parce que personne ne semble plus aimer la solitude.
Je jette un coup d'oeil à une fenêtre, beaucoup de poussière, mais on sent qu'après un coup de balais, cela pourrait devenir vivable.

Je continue mon chemin. La nuit fut belle, étoilée, heureusement cependant que j'ai bien pris la peine de prendre un sac de couchage chaud, faute de quoi je n'aurai pas pu faire un pas de plus le lendemain.
Une vache me réveille, à gratter son museau sur la toile de ma tente. Je ne crois pas avoir été réveillé de la sorte auparavant, même dans ma jeunesse !

Après un petit déjeuner simple, et les gourdes pleines, je reprend mon chemin, et arrive vers une espèce de petit hameau, habité cette fois, par de nombreuses personnes activées à préparer le repas du midi apparemment, une espèce de repas champêtre sur la place centrale. Les tables sont déjà dressées, et l'odeur de la viande sur le feu attire mes convoitises.

Je m'approche.
"Bienvenue, vous êtes nouveau ? Je ne vous ai jamais vu ici !"
Je lui répond que je ne suis que de passage. L'homme, contrarié, s'en va discuter un peu plus loin, et revient.
"Si vous voulez, vous pouvez rester déjeuner avec nous ce midi, mais il vous faudra partir après. C'est qu'on ne peut faire charité à tous les gens qui passent, voyez-vous ?"
Je lui demande pourquoi, vu que je n'ai pas vu une personne dans le coin depuis plus de trois-quatre jours (sans compter le vieil homme), il ne doit pas passer beaucoup de monde.
"C'est que, vous savez, on est une petite communauté, et on ne peut pas se permettre. Enfin vous comprenez"
N'y comprenant rien, mais sans vouloir insister, je laisse là la discussion avant qu'il ne change d'avis, et le suit vers le centre. Peu d'enfants, surtout des jeunes personnes. Tous ont l'air étonnés de me voir.

On me montre une place, et je m'assied poliment, et fait la discussion avec les voisins.

Alors commence le repas, après une bénédiction de celui-ci, dont le texte m'était étranger. La nourriture est bonne, ce n'est pas fait par un grand chef, mais ça nourrit son homme.

Après le repas, je me repose deux heures, durant lesquelles je flâne dans le hameau. Je vois alors une petite chapelle, et décide d'y entrer, simple curiosité du touriste recherchant ce qui va l'étonner. Et je vous avouerai ne pas avoir été déçu. Pourtant j'en ai vu des édifices religieux. Mais comme celui-là, non. Quelques vieux sont là, à prier et discuter à la fois. Je demande un peu pourquoi cette chapelle est décorée comme cela. Au fil de la discussion, je commence à me rendre compte que ces gens-là doivent faire partie d'une secte ou quelque chose comme ça, et croient à leur propre Dieu, à leur manière. Ils ont été chassés de leur pays, et sont venus ici habiter ensemble dans ce coin qui était abandonné depuis longtemps.
Ils croient en la réincarnation, mais contrairement à d'autres, doivent se donner la mort à partir d'un certain âge pour pouvoir revivre ensuite.
En d'autres termes ils se sont fait leur propre religion.

Je leur en demande un peu plus sur leur Dieu. En fait, c'est le "prophète" créateur de cette communauté qui en a parlé le premier, et qui a jeté les bases de cette "religion". Il aurait eu des visions, des révélations et des visites de Dieu, qui lui auraient permis d'écrire les "textes basiques" sur lesquels tous doivent jurer.

Je m'en vais, perplexe, encore des gens qui n'ont pas du réflechir.