Eglise de Gap La lumière du soir émet de doux reflets verts sur les voûtes de pierre froide, tandis qu'à l'extérieur le soleil se couche lentement sur l'horizon montagneux, que l'on devine au travers des vitraux. La lueur des bougies seule, petits points de chaleur dans le froid de l'hiver, caresse les visages de quelques égarés assis sur les bancs. Au centre de la nef, derrière l'autel, suspendue au plafond par deux câbles métalliques et éclairée par une lumière ocre, une immense croix se tient debout, seule lumière au milieu de la pénombre ambiante, et sur cette croix est Christ, souffrant le martyre aux yeux de tous.

Je frissonne. Mon regard est irrésistiblement attiré par cette croix, cet homme. Je m'asseois. Pourquoi cette mort absurde ? Pourquoi cet homme a-t-il préféré souffrir pour une cause alors qu'il aurait très bien pu rester chez lui, se marier, avoir des enfants, vivre une petite vie heureuse ? Quelle étrange folie l'a appelé à tout quitter et à prendre les chemins pour finalement finir crucifié ? Je regarde la croix, et il me semble que, des millénaires en arrière, la croix me regarde. Ces questions sont éternelles.

C'est alors, je ne sais pourquoi, que je réalise quelque chose. Dans cette église, cette lumière, ce calme, je me sens comme dans une crypte. Alors, je réalise que l'Eglise est le tombeau du Christ. La mélancolie provient de la tristesse de ce peuple qui pleure, depuis deux mille ans, la mort de son Messie. Et la culpabilité qui va avec, celle de ne rien avoir fait pour s'y opposer. D'ailleurs, si Jésus revenait, aurait-il meilleur accueil qu'à l'époque ? Aujourd'hui on ne crucifie plus mais bien d'autres moyens existent pour mettre à l'écart ceux qui sont différents.

Je contemple, pensées confuses vers ce Messie qui est mon histoire mais dont je ne suis pas religionnaire. Il me semble voir, au delà de la mort du Christ, celle de Dieu. Celle que Nietzche proclamait haut et fort à la fin du dix-neuvième siècle, en fait, n'était pas vraiment une nouvelle. Car Dieu est mort il y a deux mille ans. Pas de miracle pour sauver Jésus, les cieux restent désespérément fermés. Ce jour-là, son Père l'a abandonné, nous a abandonnés. Il est parti. Il ne reviendra pas. Il a compris que nous ne pouvions pas être sauvés de l'extérieur, et nous a laissé son souvenir, sa mémoire, pour nous libérer de l'intérieur. Il nous a laissé ces questions.

Je ne suis pas croyant, je cherche simplement à comprendre...