Une gare anonyme un soir de solitude, comme souvent. Train en retard, bruit des voitures dans le lointain, quais déserts, les moineaux chantent. Sur le béton nu, un gendarme, petit insecte rouge au décor de masque africain, marche lentement, poursuivant un but qui échappe à l'entendement des hommes. Mon regard vide, par dessus mon genou gauche, suit sa progression mystérieuse.

Soudain, l'espace d'une seconde, le flot des voitures se calme ; l'espace d'une seconde les oiseaux se taisent ; l'espace d'une seconde l'insecte se fige sur place. Et à cet instant précis, l'impression que les muscles de mon cou sont figés, que mon corps ne répond plus, que ma tête immobile fixe une image d'un monde qui a tout a coup décidé d'appuyer sur "pause." L'espace d'une seconde, je me retrouve prisonnier de l'éternité.

Puis l'insecte reprend sa marche, les oiseaux se remettent à chanter, les voitures reviennent sur la route.

On tient pour acquis que le temps s'écoule...